Duel Project : Aragami

Publié le par Tristan Isaac

JAPON · 2002 · UN FILM DE RYŪHEI KITAMURA · AVEC MASAYA KATO, HIDEO SAKAKI, KANAE UOTANI, TAK SAKAGUCHI 

 Je ne parviendrai sans doute jamais à véritablement apprécier le cinéma de Ryūhei Kitamura. Il faut cependant l’avouer, Aragami n’est pas un film dénué de qualités. Malgré les contraintes scénaristiques et budgétaires du Duel Project – et il importe peu qu’il les ait ou non respectées à la lettre, le réalisateur a en effet su trouver un contexte original à son affrontement et assurer à son moyen-métrage une qualité technique certaine : l’atmosphère est oppressante à souhait, l’unique décor des plus inquiétants, la photographie impeccable, les jeux de lumière savamment utilisés, la caméra intelligemment manipulée, les acteurs brillamment dirigés. Force est d’ailleurs de reconnaître que Ryūhei Kitamura a un réel talent pour dénicher des comédiens – ici Takao Osawa, Masawa Kato et la superbe Kanae Uotani - qui ont une véritable « gueule », une présence à l’écran et qu’il sait comme personne exploiter leur potentiel. Mais pourquoi alors se sent-il obligé d’ « agrémenter » son scénario de blagues de mauvais goût (« Choisis un sabre…Non, pas celui-là, c’est le mien ! »), d’anachronismes gratuits car inutiles à la narration (du vin, de la vodka, un revolver à une époque où le Japon est censé s’être fermé à tout contact avec l’étranger), de topoï éculés (« On m’appelait Miyamoto Musashi »), de faire finir enfin, tout comme dans Versus, son récit en queue de poisson – et ce apparemment dans le seul but, diront les mauvaises langues, de faire apparaître sa mascotte, Tak Sakaguchi ? Kitamura serait-il dans l’impossibilité totale de se prendre au sérieux (thèse que semblerait confirmer Godzilla : Final Wars), serait-il atteint du syndrome Miike (« Je saccage consciemment tout ce que je réussis »), ou encore du syndrome Tarantino (« Je fais de bonnes choses bien malgré moi ») ? Si personne n’a la réponse, ce que beaucoup espèrent, c’est qu’il saura un jour mettre son ego et son entêtement de côté pour enfin nous offrir le grand film que, de l’avis de tous, il est capable de réaliser. 

 

 

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