Il était un Père

Publié le par Tristan Isaac

JAPON · 1942 · AKA CHICHI ARIKI · UN FILM DE YASUJIRŌ OZU · AVEC CHISHŪ RYŪ, SHŪJI SANO, HARUHIKO TSUDA, MITSUKO MITO, SHIN SABURI 

  Un carton en avertit le spectateur au début de la séance: la bobine est très abîmée, certaines images manquent, la bande-son est grésillante. Oui, mais la magie du cinéma de Yasujirō Ozu, elle, opère encore et toujours. Car si la qualité de la copie est loin d’être parfaite, le film, lui, le serait presque : Il était un Père, lauréat, l’année de sa sortie, du second prix Kinema Jumpo est en effet l’un des meilleurs long-métrages du cinéaste. « Je l’ai écrit et récrit sans cesse, et il pouvait toujours être amélioré » disait-il en 1940 à propos du scénario de son futur chef-d’œuvre. Rarement cependant un film aura été aussi fluide, aussi limpide, aussi vrai. On prétend Ozu ennuyeux et pourtant aucun temps mort, aucune facilité « esthétisante » ne vient alourdir la narration : tout semble évident tant les événements s’enchaînent selon le cours naturel des choses, tant ont su s’effacer le cinéaste et son acteur, Chishū Ryū, dans le seul but de servir le thème du long-métrage : le lien qui unit les différentes générations. Et dire qu'Ozu a tourné ce film durant la guerre du Pacifique à une époque où la priorité était donnée à la propagande nationaliste, dans ces années où les artistes japonais avaient tant de mal à s’exprimer librement. Le génie de Yasujirō Ozu était tel que ni les circonstances, ni le temps n’ont pu et ne pourront jamais l’empêcher de nous enchanter.

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